Parler de contraception et de sexualité avec votre ado
Tout est permis! La sexualité chez les adolescents et les médias
Par Victor C. Strasburger, MD
Professeur de pédiatrie, professeur de médecine familiale et communautaire, chef, division de la médecine adolescente, faculté de médecine de l’Université du Nouveau-Mexique, Albuquerque, N.-M.
En l’absence d’une éducation sexuelle efficace à la maison ou à l’école, les médias sont devenus les principaux enseignants de l’éducation sexuelle au Canada. Cette pensée à elle seule devrait faire frémir n’importe quel parent.
Réfléchissez à la façon dont nous enseignons la sexualité aux jeunes gens en ce millénaire, avec suggestivité, allusions malveillantes, montée de l’explicité et de la pornographie et blagues déplacées. Les parents reconnaissent, et souvent avec crainte, l’influence que les amis de leurs adolescents peuvent exercer. Ils devraient craindre davantage l’influence des médias.
Les parents semblent plutôt préoccupés par la pornographie sur Internet, mais le nombre de messages sexuels transmis à leurs enfants par la télévision et dans les films avant qu’ils n’atteignent l’adolescence est ahurissant : environ 14 000 références par année à la télévision seulement. Et, depuis la dernière décennie, les médias sont devenus de plus en plus explicites. À la télévision américaine, par exemple, plus de 75 % des émissions renferment du contenu de nature sexuelle, tandis que moins de 15 % offrent des renseignements sur la sexualité responsables, sur l’abstinence, la contraception, ou les risques de grossesse ou d’infections transmissibles sexuellement. Les parents ne veulent pas entrer en conflit avec leurs enfants à propos des médias. C’est beaucoup plus facile de les installer devant le téléviseur ou de les déposer devant l’entrée du cinéma. Bref, bon nombre de parents n’ont aucune idée de la situation.
Les parents canadiens ont également de la difficulté à enseigner la sexualité à leurs enfants. Un récent sondage auprès d’environ 2 400 élèves de 10e et de 12e année en Saskatchewan a révélé que seulement un tiers des adolescents trouvaient que leurs parents étaient abordables pour discuter de sexualité. Près de la moitié de ces élèves du secondaire étaient déjà actifs sur le plan sexuel.
Bien que les taux de relations sexuelles ont légèrement diminué parmi les adolescents canadiens, 40 % des garçons et 46 % des filles de la 11e année ont déclaré avoir eu des relations sexuelles et 15 % des garçons et 9 % des filles ont déclaré avoir eu six partenaires sexuels ou plus. Et en vieillissant, les adolescents canadiens ont recours moins souvent au condom. Quoique les États-Unis présentent le taux de grossesse et de naissances le plus élevé du monde occidental (41,1 naissances par 1 000 adolescentes âgées entre 15 et 19 ans en 2004), le taux de 14,5 naissances au Canada se classe au-delà des taux de tous les pays d’Europe, sauf celui du Royaume-Uni (26,8).
Où les médias prennent-ils place dans cette équation? L’enfant canadien moyen passe près de 22 heures devant le téléviseur chaque semaine, soit le même nombre d’heures que l’enfant américain moyen, et la recherche démontre que la télévision n’est que la pointe de l’iceberg. Les jeunes passent trois heures de plus par jour à s’amuser avec des jeux vidéos, sur l’ordinateur ou avec d’autres médias et à écouter des vidéos ou de la musique. Les enfants et adolescents nord-américains passent plus de temps devant les médias qu’à faire toute autre activité, à l’exception de dormir, soit plus de temps qu’ils ne passent à l’école.
Les représentants de l’industrie cinématographique admettent que les médias ont une influence considérable, mais qu’est-ce qu’ils enseignent et qui apprend d’eux? Jusqu’à il y a quatre ans, la seule recherche disponible sur la sexualité et les médias a attesté du pouvoir des médias à influencer les attitudes et les croyances des jeunes gens sur la sexualité, mais pas leur comportement. Cette influence est toutefois considérable. Une dizaine d’études démontrent que les médias fonctionnent essentiellement comme un groupe de « super pairs », faisant croire aux adolescents que tout le monde pratique la sexualité, sauf eux, que la sexualité est sans risques ou conséquences, et que la contraception n’est pas du tout nécessaire.
Récemment, ces études ont découvert une relation de cause à effet entre la visualisation d’un contenu de nature sexuelle dans les médias et la précocité de la première relation sexuelle. En moyenne, la visualisation d’un contenu explicite important à un jeune âge diminue d’un an l’âge à la première relation sexuelle. Huit études ont découvert que la disponibilité des condoms dans les cliniques en milieu scolaire n’a rien à voir avec l’âge auquel les jeunes ont leur première relation sexuelle. Le message devrait être clair maintenant : les médias peuvent être un outil d’enseignement puissant sur la sexualité, mais la disponibilité des moyens de contraception n’influence pas l’activité sexuelle des adolescents. La décision du moment opportun pour avoir des relations sexuelles est complexe et profondément influencée par la famille, la religion, les pairs et les médias. La décision d’utiliser un moyen de contraception est simple : si les adolescents y ont accès facilement, ils l’utiliseront. S’ils n’y ont pas accès, ils auront une relation sexuelle non protégée.
Que peut-on faire pour résoudre ce problème?
Les écoles et les parents doivent reconnaître le besoin d’une éducation sexuelle, tant à la maison qu’à l’école. Et une telle éducation ne peut être l’abstinence seulement. On doit enseigner la contraception aux adolescents, ainsi que d’autres sujets potentiellement controversés comme la masturbation, l’homosexualité et l’avortement. De nos jours, ils entendent parler de ces sujets dans les médias tous les jours. Pourquoi ne leur donnerait-on pas les faits et l’occasion d’en discuter avec leurs parents, enseignants et pairs?
Les médias pourraient aider à enseigner l’éducation sexuelle de façon responsable, montrant la pratique de l’abstinence à un jeune âge, l’importance de la sexualité dans le cadre d’une relation engagée à un âge plus mûr et la nécessité de recourir à la contraception et à une protection contre les infections transmissibles sexuellement à tout âge. L’éducation de la part des médias serait également utile, et le Canada a une longueur d’avance sur les États-Unis à ce chapitre pour fournir une éducation de ce genre aux adolescents. De nos jours, l’alphabétisation va au-delà de la capacité de lire et d’écrire; elle veut aussi dire la capacité d’utiliser une variété de médias et de décoder une diversité de messages médiatiques. Les études démontrent que l’éducation prodiguée par les médias peut constituer une protection contre les effets néfastes des médias. Le Réseau éducation médias est une ressource importante pour les Canadiens.
Les médias pourraient faire partie de la solution plutôt que d’être une partie du problème. Ils pourraient être un important point d’accès où les adolescents puiseraient des renseignements précis et utiles sur les soins de santé entourant des sujets délicats. Ils sont déjà des points d’accès importants où les adolescents puisent des renseignements inexacts et grandement indécents en matière de sexualité. Mais la communauté du divertissement doit accepter sa responsabilité en matière de santé publique et les parents doivent reconnaître qu’ils doivent exercer un plus grand contrôle sur le pouvoir considérable des médias à enseigner la sexualité à leurs enfants et adolescents. Sinon, c’est « sans limite »!
Mise à jour : 2/05/08